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L'Opération Gareautrain est
un programme unique de partenariat entre les secteurs public et
privé qui permet de réduire le nombre de décès et de blessures
causés par des incidents aux passages à niveau et à la suite d'intrusions
sur les voies. Le programme est unique en raison du succès qu'il
a remporté, et il fait tellement partie de la vie des Canadiens
que peu se souviennent d'où il origine.
Le programme, qui bénéficie du soutien de l'Association des chemins
de fer du Canada et de Transports Canada, est appuyé par les chemins
de fer du Canada, les corps policiers, les conseils et ligues
de sécurité, la Fraternité des ingénieurs de locomotives, les
groupes communautaires et quelque 500 présentateurs bénévoles
dans des localités d'un océan à l'autre. Si ce programme n'avait
pas existé, on aurait déploré un nombre beaucoup plus élevé de
blessures graves et de décès chez les Canadiens.
En 1980, au Canada, on avait enregistré 826 collisions à des
passages à niveaux. Selon Roger Cyr, le premier directeur national
de l'Opération Gareautrain au Canada, le programme a débuté par
une idée et quelques documents de référence obtenus de confrères
américains. Voilà pour ainsi dire tous les moyens dont il disposait
à l'époque. On lui a accordé un bureau et un classeur puis, un
peu plus tard, une adjointe. Et il s'est attelé à la tâche d'établir
l'Opération Gareautrain au Canada. Il a réuni des renseignements,
il a fait appel à ses connaissances au sein de l'industrie et
a noué des liens avec les organismes gouvernementaux.
Petit à petit, l'Opération Gareautrain a pris forme et ses comités
provinciaux ont été constitués. Le Conseil canadien de la sécurité
et les conseils ou ligues de sécurité de huit provinces en sont
devenus des partenaires de premier plan.
En 1981, la Saskatchewan s'est jointe au programme et en 1988,
c'était au tour de la Nouvelle-Écosse. À l'origine, le programme
poursuivait une seule mission, soit la promotion de la sécurité
aux passages à niveau. En 1989, un nouvel aspect s'y est ajouté
: la prévention des intrusions sur les voies ferrées.
Un programme de communication visant l'ensemble de la population,
des écoliers aux adultes, a été créé afin de diffuser les messages
de sécurité de l'Opération. Comment s'y est-on pris? En misant
sur une approche à trois volets : la sensibilisation, l'ingénierie
et l'application de la loi. On a également établi des partenariats
avec divers organismes tels que les corps policiers et les groupes
d'ingénieurs.
Pendant 10 ans, Roger a lancé un vaste éventail de programmes
de sensibilisation du public tels que les simulations de collision,
les journées de la sécurité ferroviaire, les campagnes de publicité
extérieure et l'affichage dans les centres commerciaux. Il a également
contribué à l'adoption d'une nouvelle signalisation de sécurité
pour les croix de Saint-André.
Les résultats se sont avérés très encourageants. Les collisions
aux passages à niveau ont reculé de 826 en 1980 à 386 en 1990
et à 279 en 2001. Le nombre de décès a fléchi parallèlement :
de 83 en 1980, il est passé à 48 en 1990. En 2001, 41 hommes,
femmes et enfants sont décédés à la suite de collisions survenus
aux passages à niveau. Quant au nombre de blessés, qui atteignait
435 en 1980, il se situait à 201 en 1990; en 2001, à la suite
de l'adoption d'un nouveau système de classement, on comptait
encore 47 cas de blessures graves.
En 1991, au terme d'une carrière de 41 ans au CN et d'un mandat
de 10 ans au sein de l'Opération Gareautrain, Roger a décidé de
prendre sa retraite. Il a été le premier employé de l'Opération.
Au moment de son départ, le programme disposait d'un directeur
national et d'une adjointe de direction, Karen Jones, qui s'était
jointe à l'Opération Gareautrain en 1991.
Ben Levesque, nouvellement retraité du CN et au début de la
cinquantaine, est officiellement entré au service de l'Opération
Gareautrain le 1er janvier 1992 comme directeur national. Les
activités qui avaient été mises en place fonctionnaient très bien.
Elles mettaient à contribution des bénévoles, principalement des
employés du secteur ferroviaire, des agents de police des chemins
de fer, certains corps policiers provinciaux et municipaux, ainsi
que les ligues et conseils de sécurité provinciaux.
Il s'agissait d'une fondation solide, qu'il fallait utiliser
à bon escient. Or, on venait tout juste de réaliser un sondage
à l'échelle canadienne. Ce sondage avait révélé que seulement
11 pour cent des Canadiens avaient entendu parler de l'Opération
Gareautrain et de ses messages de sécurité ferroviaire. Il a donc
été décidé d'accorder désormais la priorité à la sensibilisation,
le premier volet de l'approche globale de l'Opération Gareautrain.
En 1992, le premier programme de " l'agent à bord du train "
a été lancé au Canada. En collaboration avec des agents de police
du CSX, on a expérimenté pour la première fois cette approche
entre Chatham et Sarnia, en Ontario. L'exercice a remporté un
vif succès. Cette initiative a bien sensibilisé les forces de
l'ordre aux divers problèmes de sécurité.
Vers le milieu des années 1990, M. Levesque a été invité à participer
au Program Developement Council (PDC) de l'Operation Lifesaver
aux États-Unis (OLI), et on l'avait nommé membre du conseil. C'était
là une merveilleuse occasion pour lui d'observer les méthodes
utilisées par les confrères américains.
Aux États-Unis, le programme existait depuis les années 1970;
il regroupait une foule de bénévoles et de nombreux programmes
de sensibilisation. L'une des activités les plus intéressantes
était le programme des conférenciers. Ben a donc cru bon de s'en
inspirer pour créer un nouvel outil visant à promouvoir la sécurité
ferroviaire et à attirer des partenaires.
Très stimulé par ce projet, il a rapporté le matériel américain
au Canada, y compris un manuel, une mallette, un chevalet et des
feuilles volantes. Il fallait " vendre " l'idée et, en cas de
succès, adapter le matériel au contexte canadien.
Pour accomplir ce travail, Ben a formé une équipe comprenant
Frank Binder, de la Police du CN; Ric Ladouceur, du service policier
du CFCP; Ray Marchand, du Conseil canadien de la sécurité; et
finalement, Gary Drouin, de Transports Canada. Après avoir analysé
le matériel, les membres de l'équipe ont conclu qu'il s'agissait
d'un projet valable.
C'est ainsi que la trousse des conférenciers canadiens a été
mise au point. Frank et Ric ont veillé à ce qu'elle soit présentée
aux agents de police du CN et du CFCP, et à d'autres bénévoles.
À partir de ce moment-là, le programme a pris son envol. Il disposait
désormais d'un outil très utile, permettant de livrer un message
uniforme dans toutes les régions du pays... un message renforcé
par les expériences personnelles que chaque conférencier s'efforçait
de communiquer aux écoliers et à l'ensemble de la population.
Les employés syndiqués de première ligne ont toujours soutenu
l'Opération Gareautrain. Plusieurs membres de la Fraternité des
ingénieurs de locomotives ont participé activement au programme
des conférenciers. En insistant, eux aussi, sur leurs expériences
personnelles, ils ont su communiquer des messages de sécurité
percutants au public.
Grâce à cet outil tangible mis à la disposition des groupes
et des personnes intéressés à faire des exposés, le programme
des conférenciers a pris une ampleur extraordinaire. Parmi les
conférenciers, on comptait des membres du Club Optimiste, des
adeptes des chemins de fer, des membres de corps policiers provinciaux,
municipaux et fédéraux, des professionnels de la santé et bien
sûr, des cheminots, y compris des employés administratifs et des
gestionnaires.
La popularité du programme a toutefois suscité un problème pratique
: à cette époque, le programme n'avait qu'un seul instructeur
en chef, Frank Binder. Il était temps de recruter de nouvelles
ressources. Ernie Oliphant, d'OLI aux États-Unis, a répondu à
l'appel. Lors de la première séance de formation des formateurs,
qui a eu lieu à Calgary, on a ainsi formé 17 instructeurs et conférenciers.
Tandis qu'on élaborait le programme des conférenciers, la Loi
sur la sécurité ferroviaire était révisée et de nouvelles recommandations
étaient présentées au ministre des Transports. Notamment, on recommandait
de réduire de 50 pour cent, d'ici à l'an 2006, le nombre de collisions
aux passages à niveau et le nombre d'incidents découlant d'intrusions.
Cela se passait en 1995. Le programme conjoint " Direction 2006
" a été créé afin d'assurer la mise en ouvre de cette recommandation.
Transports Canada a invité des spécialistes de la sécurité des
chemins de fer à se joindre au partenariat, qui comprenait des
représentants des administrations provinciales et municipales,
des syndicats des chemins de fer, des conseils de sécurité et
des corps policiers.
L'Opération Gareautrain est devenue partenaire du programme,
et Ben Levesque a accepté de présider le comité d'éducation. Au
fil de l'expansion de l'Opération Gareautrain, la demande de documents
éducatifs a connu une hausse substantielle et un site Web a été
créé pour accroître la visibilité du programme.
Le programme des conférenciers a continué à évoluer. Aujourd'hui,
le programme de " l'agent à bord du train " vise un public plus
vaste, incluant les médias et l'appareil judiciaire. En outre,
d'importants partenariats ont été établis avec des groupes susceptibles
d'influencer les comportements de la population.
L'équipe a aussi produit deux documents d'importance : Directives
du programme de présentation et la version canadienne du Guide
du présentateur-formateur. Un autre événement marquant s'est produit
en 1998. Jusque-là, le programme avait toujours conservé des dossiers
sur les conférences effectuées, et demandé aux services de police
du CN et du CFCP de tenir ses dirigeants au courant des activités
de leurs agents, dans le cadre de l'Opération Gareautrain. Le
nombre de rapports augmentant proportionnellement au nombre de
conférenciers, il est un jour devenu nécessaire de réexaminer
et d'améliorer les méthodes de collecte de l'information.
Ranjan Kelly, un expert de la statistique et des bases de données
qui travaillait au Bureau de la sécurité des transports a pris
sa retraite et a été engagé pour mettre en place la base de données
DOLI permettant à l'Opération Gareautrain de centraliser tous
les renseignements utiles sur les collaborateurs, sur les conférences
et sur les activités, et d'assurer les suivis nécessaires.
Par la suite, l'Opération Gareautrain a continué à collaborer
étroitement avec Direction 2006 pour mettre de nouveaux programmes
au point, par exemple le Guide communautaire de prévention de
l'intrusion et de nouvelles vidéos, comme celle sur la sécurité
destinée aux motoneiges, qui a été produite en collaboration avec
OLI (États-Unis).
L'équipe de Direction 2006 prépare également de nouveaux documents
et vidéos. Les publications de l'Opération Gareautrain sont aussi
en voie de révision. La nouvelle version de " Avez-vous la note
de passage? " est presque terminée et d'autres documents suivront.
En 2000, malgré l'intensification de la circulation ferroviaire
et routière, et malgré l'augmentation du nombre de réseaux, le
nombre de décès et de blessures survenus sur les voies ferrées
ont été réduits. Les bénévoles et les partenaires de plusieurs
organisations ont fait d'Opération Gareautrain le meilleur programme
de sécurité publique au Canada et, par conséquent, ont fait du
Canada un pays encore plus sécuritaire.
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